Faire chemin...avec Maxime Jolivel

 

Maxime Jolivel, entre Bretagne et Québec ! Vous vous souvenez ? Je l'avais invité dans mon article sur Joséphine Bacon, poétesse innue.

Faire chemin avec Maxime Jolivel, c'est raviver un rêve de gosse. Suivre le cours d'un ruisseau, celui où nous allions jouer, enfants, l'explorer jusqu'à sa source. L'origine de l'eau est toujours un mystère. Voir l'eau sourdre, d'abord intime, infime, puis confiante s'épancher dans telle ou telle direction. Il y a ici une magie profonde, interstitielle, aquifère. Ce modeste ruisseau, au creux d'un vallon léger, n'est qu'un fin trait bleu anonyme sur la carte topographique officielle. Un ruisseau éphémère, pointillé bleu, existait aussi lorsqu'il pleuvait assez pour mettre en eau le chemin creux, en contrebas du village. Au printemps, c'était un formidable univers d'aventures enfantines, au chant des oiseaux et premiers soleils. En hiver, nous le regardions, inquiets de savoir jusqu'où ses eaux allaient monter. Parcourir le ruisseau jusqu'à sa source, c'était un rêve d'enfant intrépide mais pas téméraire…

Merci à Maxime Jolivel pour L'appel des campagnes, De la forêt boréale au bocage breton ! Il a momentanément quitté son Québec d'adoption pour revenir sur ses terres d'enfance, remonter la Vilaine puis le Semnon, à pied, sans carte, le cours d'eau étant son tracé. La Vilaine faisant aussi partie de mon identité géographique, j'ai lu ce journal de marche avec beaucoup d'affection et en toute subjectivité !

Je voulais cheminer, méditer, rêver et inventer. Je voulais sentir, je voulais voir et écouter. Je voulais me coucher le soir dans l'herbe humide d'une campagne qui s'éveille dans les fourrés et me réveiller le matin dans la brume de la rivière, sous le concert printanier des oiseaux.

La Bretagne d'où je viens, c'est celle de l'intérieur. Celle des bocages et des bottes de paille, des vieilles pierres et des chemins de terre, des renards et de la chouette hulotte. Une Bretagne loin des touristes et des métropoles.

Retrouver certaines sensations que j'éprouve quand je bivouaque dans les forêts québécoises, parmi elles la solitude, l'apaisement et la liberté.

J'ai reconnu les premiers paysages, de l'estuaire jusqu'à Redon. Je me suis souvenue du train que je prenais vers Rennes, longeant la Vilaine, le viaduc et le tunnel des Corbinières. Ce bruit de voie ferrée qui importune notre marcheur solitaire.

Feu : Ce soir-là, je pris enfin le temps de faire naître une flamme de la terre. Une flammèche. Je laissai le grand feu pour plus tard. Je me contentai d'écouter les crépitements, ce son de la nuit qui rassurait, et d'humer la fumée du bois humide qui se consumait, des sensations du monde sauvage.

Enfin je pouvais laisser grandir les flammes ! Un feu de camp est un monument et une œuvre d'art à la fois, il consume les vanités et rassemble les âmes.

Amitié : Nous étions tous liés par une parenthèse de vie qu'on avait jadis partagée et qui se poursuivait ce soir-là autour des flammes. Les amis étaient les rives de mon fleuve sauvage : sur le cours de ma vie, ils marquaient le temps, canalisaient mes caprices et rassuraient mes doutes.

Sauvage : C'était là que le peuple des bêtes sauvages survivait, caché des regards de tous. C'était une enclave sauvage dans un bocage désossé, une sorte de "saucage".

Enfance : J'entrais dans le territoire de mon enfance. (…) Ce terrain de jeu, c'était mon école buissonnière. (…) Peut-être était-ce à travers ces excursions solitaires dans la taïga de mes origines qu'était né mon désir de découverte d'ailleurs.

Bâton : (...) je décidai qu'il était temps de me  confectionner un bâton. (...) A force, il devenait un véritable compagnon de marche qui veillait sur nous comme on veillait sur lui. Je me demandais encore pourquoi j'avais attendu le septième jour de mon escapade pour tailler une branche.

J'ai aimé sa philosophie de marche, le sens donné à ses pas, sa lecture géographique et naturaliste des paysages, ses rencontres buissonnières, ses parallèles avec le wild du Grand Nord.

Une invitation au voyage simple, porteur de rêve et de sens, au retour aux sources.

Une invitation à franchir le pas, à s'affranchir du cadre, à vivre la nature, à quitter le superflu, à choisir ses essentiels.

Faire chemin



Photos par lambda quotidien

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