Augenblick [4] : La guerrière d'Hélène Bukowski

 


Littérature allemande contemporaine : La guerrière d'Hélène Bukowski, jeune écrivaine berlinoise.

Lisbeth et la guerrière se retrouvent, par hasard, sur la côte nord allemande, au bord de la mer Baltique. Un bungalow de plage sert tour à tour, au fil de l'histoire, de refuge, de point de chute, de point de rupture, de point d'ancrage mêlé d'attente et d'espoir.

Roman d'une écriture simple, visuelle, à même d'imager les vies des deux amies, dans différents contextes.

Il y est question de fleurs, de peau. A fleur de peau. Mal dans sa peau. Avoir quelqu'un dans la peau.

Il y est question de rêves :
- Pourquoi rêves-tu de mes rêves ?
- De tes rêves ?
La guerrière hocha la tête.
- Ça t'es déjà arrivé de rêver les rêves des autres ? s'enquit-elle.

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Curieusement, en voyant cet animal marin rêveur, j'ai pensé à toi, Lisbeth. Est-ce que tu savais que , quand tu dors, on voit aussi sur toi ce dont tu rêves ? La plupart des nuits, ta peau me semble être comme un mur blanc sur lequel un projecteur affiche des images diffuses. Mais peut-être ai-je simplement rêvé de ça moi-même.

Il y est question de guerre, d'un engagement de femme dans l'armée avec, en toile de fond, la présence de l'armée allemande en Afghanistan.

Mais avant tout, c'est bien la relation tissée entre Lisbeth et la guerrière qui anime le récit. L'écriture habile d'Hélène Bukowski explore une amitié complexe, à la fois forte et toute en retenue, où tout n'est pas dit mais où certaines paroles blessent, font rupture. Ce n'est pas "fleur bleue", c'est abrupt et quotidien, les traumatismes qu'on encaisse, les blessures qui nous minent.

Sur ce papier, je vais te raconter ce dont je n'ai pas su parler au bungalow.

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Lisbeth pensa au verbe réconforter, mais ne parvint pas à le mettre en pratique. Son corps n'était pas fait pour ce genre de contact.

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Lisbeth tourna la tête, sans parvenir à cerner ce sourire. Il lui apparut comme un masque.

La tension monte au fil du récit jusqu'à cette phrase assassine "je n'ai pas besoin de toi" que reçoit Lisbeth comme un mal extrême que seule la mer peut absorber :

Dans le corps de Lisbeth, quelque chose se brisa. Stupéfaite, elle sortit de la cuisine en trébuchant, quitta le bungalow, grimpa les dunes et marcha jusqu'à la mer. Dans la lumière qui déclinait, l'eau était presque noire. Les profondeurs de la mer semblaient avoir été rejetées à la surface. Lisbeth regarda l'horizon et hurla contre le vent, mordant et inflexible. Sa voix finit par s'épuiser, plus aucun son ne sortit, malgré sa bouche encore grande ouverte. Le lendemain matin, Lisbeth s'en alla. Eperdue et abasourdie, elle quitta le bungalow.

La relation se distend, une distance s'installe jusqu'à ce qu'une profonde inquiétude refasse surface, fracassante, où rien n'a plus de sens que cette quête de l'autre.

Mais trois jours plus tôt, Lisbeth avait croisé la guerrière dans son rêve. Et les deux nuits qui suivirent, Lisbeth ne rêva de rien du tout pour la première fois depuis longtemps. Il lui parut alors évident qu'il avait dû se passer quelque chose.

J'ai aimé ce livre pour la mer, pour la connexion, pour la main amie qui te relève, pour ce qu'on n'ose s'avouer.

Ostsee, leur Atlantique


Photo par lambda quotidien

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