fragments 26-005
Un soleil timide se lève comme une lune pâle, dans un ciel diaphane, papier japonais washi.
Les fleurs s'envolent déjà et chutent, chut ! Magnolia piétiné sur trottoir, confettis de cerisier sur pare-brise. Bientôt la neige légère des pétales.
Les muscaris colonisent l'herbe verte, comme une troupe de petits soldats de plomb, sous leurs oriflammes bleues. Les iris hérissent leurs feuillages pointus, à la vitesse de la lumière. La primevère officinale érige sa tige périscope, guettant fossé et alentours.
Un poème pour être en printemps 🌼
Un oiseau chante, l’air humide
Tressaille d’un fécond bonheur,
Un secret puissant et languide
Traine sa vapeur, sa moiteur.
Ah ! sur toute la douce Europe
Voici que s’éveille et s’étend
– Parfum d’ambre et d’héliotrope, –
Le romanesque du printemps !
Dans le dur branchage circule
La sève tendre aux tons d’azur ;
L’eau semble en fleur ; la renoncule
Scintille comme un ruisseau pur.
Les oiseaux jettent l’étincelle
De leur acide, frêle voix,
Partout monte, gonfle, ruisselle
Le parfum ingénu des bois.
La terre noire se déchire
Et la primevère apparaît ;
Ainsi dans mon âme s’étire
Une fine et neuve forêt.
Printemps qui luttes et qui rêves,
Dieu favori de l’Univers
Tu prends mon cœur et le soulèves
Jusqu’au faite des arbres verts !
Tu portes mon cœur sur les branches,
Tu le joins aux gluants bourgeons,
Tu le mets sous les ailes blanches
Des bruyants, des flottants pigeons.
Tu m’emplis d’une extase sainte
Plus fraîche et vive que l’amour,
Et je suis la jeune jacinthe
Éblouie au lever du jour !
La naissance du printemps (Les éblouissements) de Anna de Noailles
Image by instacoach2020 de Pixabay

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