Vagabondage : fenêtre (3)
Systématiquement, mon regard se tourne vers la fenêtre.
Mais celle-ci, je ne l'ai pas vue tout de suite.
J'avais ce livre, "Les chemins de la poésie française au XXe siècle", paru chez Delagrave en 1978, un ouvrage presque aussi vieux que moi, "hérité" de mon père.
Longtemps la couverture de ce livre n'a été pour moi qu'une couverture colorée, rien de plus. Puis un jour, derrière les lettres du titre, la couverture m'est apparue comme un assemblage singulier de fragments de couleurs, habité d'une lumière orangée. Au dos du livre, cette inscription : Robert DELAUNAY "La Fenêtre" 1912 Musée de Grenoble.
Pionnier de l’abstraction, Robert Delaunay participe au vaste mouvement européen qui, à la veille de la Première Guerre mondiale, vient révolutionner la représentation. Delaunay réalise la célèbre série des Fenêtres peintes entre 1912 et 1913. L’embrasure de la fenêtre se superposant au cadre du tableau, la surface picturale se résume à une multitude de facettes colorées, véritable kaléidoscope. Animé par « l’idée d’une peinture qui ne tiendrait techniquement que de la couleur, des contrastes de couleur », Delaunay lui donne le pouvoir d’architecturer la composition. Jouant de la contiguïté de certaines teintes et de la complémentarité des autres, il anime la surface du tableau de subtils mouvements vibratoires. La sensation de rythme naît de la simple juxtaposition ou compénétration de couleurs mais également des touches en frottis et des transparences. Emblème de l’abstraction, les Fenêtres mettent en lumière une réalité nouvelle, celle de la vision moderne.*
Kaléidoscope, jeu de miroirs et fragments de verre colorés. La lumière passant au travers d'un vitrail et déposant sur la pierre des touches de couleurs.
Charme du vagabondage, Delaunay me fait rencontrer Guillaume Apollinaire ! Ces deux-là étaient amis et j'aime à imaginer leur complicité, leur émulation créative !
S'il est un texte littéraire qui prend la peinture comme modèle d'écriture, c'est sans aucun doute le poème Les fenêtres, second poème du recueil des Calligrammes de Guillaume Apollinaire. C'est qu'il est le fruit d'une longue familiarité du poète avec la peinture de son ami le peintre Robert Delaunay et de son désir de composer des textes qui esthétiquement seraient aussi novateurs que les œuvres des peintres, Picasso, Braque, Delaunay, Chagall, qu'il admire et dont il est le commentateur.
"Les fenêtres" fut écrit par Apollinaire pour le catalogue de l'exposition à Berlin, en 1912, (...) d'un certain nombre de tableaux de la série des "Fenêtres" de Delaunay. (...)
En 1911 Guillaume Apollinaire, séduit par la peinture de son ami, se fait son porte-parole dans Le Bestiaire ou le cortège d'Orphée où il écrit : "Quand la lumière s'exprime pleinement, tout se colore. La peinture est proprement un langage lumineux".**
Systématiquement, mon regard se tourne vers la fenêtre, et bien plus encore. Par la fenêtre entrouverte, j'entends le premier chant de l'oiseau du matin, je peux goûter la lumière du soleil, sentir le parfum du mimosa fleuri, voir la nuit, toucher les étoiles !
En ce début d'année, je vous souhaite de découvrir des fenêtres, vos fenêtres, petites ou grandes, discrètes ou évidentes, pour vous ouvrir à d'autres paysages, vous baigner de lumière, renouveler votre inspiration !
"La fenêtre s'ouvre comme une orange
le beau fruit de la lumière "
Guillaume Apollinaire
* Extrait de la Notice œuvre, Sophie Bernard, Conservateur, 2015
** Extrait de "Les fenêtres" de Delaunay et Apollinaire, Jean Arrouye
Image par M W de Pixabay

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